
Samedi 4 mai s’est tenu en urgence un rassemblement devant l’Hôtel de Ville de Lyon.
La veille, vendredi 3 mai en fin de journée, le gymnase Dargent (Lyon 8e) avait commencé à être occupé pour mettre à l’abri 170 personnes sans logement, dont 70 enfants et des femmes enceintes, avec l’aide de collectifs.
Mais le soir même, fait inédit, le maire a fait procéder à leur expulsion, cela en sollicitant la Police nationale donc l’État.
Le lendemain matin, dans le rassemblement appelé par les collectifs Solidarité entre Femmes à la Rue, Jamais Sans Toit, Droit Au Logement… étaient présents une cinquantaine de personnes : parmi celles expulsées la veille, des militants associatifs, syndicalistes ainsi que de plusieurs partis (PCF, PT, LFI). Nous en avons interrogé plusieurs, certains ont participé aux prises de parole.
• Une militante qui a participé à l’occupation du gymnase : « Ils ont mis les moyens pour l’expulsion. Ce n’était pas violent heureusement, mais il y avait 60 policiers pour évacuer 170 personnes ! Maintenant elles sont à la rue dans des tentes, sous des ponts ! »
• Une autre militante intervient au mégaphone : « Il y a eu 4 heures d’intervention policière ; pendant 4h ils ont empêché les soutiens de rentrer, même pour apporter de la nourriture. Ils ont affamés les enfants jusqu’à 23h ! Ensuite ils les ont mis dehors. Ces personnes habitent à Lyon… Si la préfecture ne fait pas son travail d’hébergement, la Mairie et la Métropole de gauche ont été élues pour aider la population. Elles doivent faire le boulot pour ouvrir des bâtiments et donner un toit aux familles de son territoire. Un toit, c’est un droit ! »
• Le micro passe à une maman aidée par les collectifs : « Tant qu’on voit des enfants, des bébés, des mamans enceintes… à la rue, il faut agir. Elles sont à la rue, ce n’est pas acceptable. La Mairie, vous devez agir ! »
• Puis c’est un enfant de 10 ans, expulsé du gymnase la veille, qui prend la parole : « Je dors dehors, avec ma maman, ma famille. Quand je vais à l’école, je dors. Des enfants sont tellement fatigués qu’ils ne veulent pas aller à l’école. Quand ils avaient des logements, ils voulaient partir à l’école, mais maintenant ils ne veulent plus, ils sont fatigués. Normalement il n’a pas le droit de faire sortir des enfants comme ça. Aujourd’hui on est venu pour dire qu’on en a marre d’être dehors, on veut des logements. On veut des logements, on veut un toit pour tous ! »
Cette intervention poignante, filmée par Le Progrès, émeut l’assistance – comme beaucoup de ceux qui l’ont visionnée depuis.
• Une responsable de Jamais Sans Toit (JST) indique pour sa part : « Il y a encore 11 écoles occupées sur l’agglomération, 7 sur Lyon. Soit 130 enfants à la rue. Sans compter ceux de l’école Montel à laquelle on n’a plus accès. On ne sait pas ce qu’y fait exactement la Mairie. Hier l’adjointe Runel a fait expulser et basta, circulez. C’est pire que la loi Kasbarian qui donne un préavis de 48h avant expulsion. »
• Une militante de JST qui participait à l’occupation de cette ancienne école Montel à Lyon 9e précise : « JST n’a presque plus le droit de déposer des choses et de la nourriture pour aider les familles de Montel. Même plus le droit de rentrer, un vigile vérifie tout nuit et jour. Et à part ça, on ne sait pas ce qu’ils font réellement pour les familles. Pour le moment la mise à disposition de ce bâtiment est maintenu… jusqu’au jour où ils expulseront là aussi, car ils veulent vendre les préfabriqués et récupérer le terrain. Ils demandent déjà de vider un préfabriqué. Ils viennent de créer un précédent, sous prétexte que c’est à l’État de faire… mais ça ne les dérange pas de se substituer à l’État pour expulser ! »
• Hugo Patoureaux, conseiller PCF du 3e arrondissement de Lyon : « Le PCF soutient les collectifs et les associations. Les occupations, c’est pour que les enfants ne soient pas à la rue, mais ça ne peut pas être pérenne. Nous on veut que la Mairie pallie les manquements de l’État en réquisitionnant les logements inoccupés. La pénurie de logement est organisée pour que ce soit un marché rentable, avec la hausse des prix.
Cette décision d’expulsion est d’autant plus grave que les collectifs sont épuisés par les occupations d’écoles. Des pratiques de Collomb, que la gauche avait dénoncées, ont été arrêtées par la nouvelle majorité – comme les coupures d’eau dans et autour des squats et campements. Là je ne comprends pas l’empressement de la Ville à expulser. On revient en arrière. Il faut la réquisition de logements. Et même si la Préfecture casse l’arrêté municipal, ça fait toujours un délai de logement pour les familles, durant lequel on pourra lutter contre les recours de la Préfecture. »
La nécessité de la réquisition de logements vacants par le Maire, c’est précisément ce qui avait été porté le 25 janvier lors d’un autre rassemblement devant le même Hôtel de Ville (reportage sur France 3). Appuyés sur plus de 650 signatures de parents, de personnels des établissements scolaires et de citoyens – collectées devant les écoles et en ligne – exigeant « la réquisition des logements vacants en faveur des familles à la rue », des dizaines d’entre eux – dont des militants du Parti des travailleurs – y avaient pris part, ainsi que plusieurs syndicalistes et trois conseillers d’arrondissement (JP Ottaviani et H. Patoureaux du PCF et A. Gries de LFI). En plein Conseil municipal, Sandrine Runel (adjointe aux Solidarités) et Sophia Popoff (adjointe au Logement) avaient dû recevoir une délégation… devant qui elles avaient reconnu que le maire a le pouvoir de réquisition, mais que « C’est un levier de dernier recours. Nous ne le mobiliserons pas. »
Pourtant à Lyon, il y a quelques 25 000 logements vacants, 7 000 à Villeurbanne, plus de 3 millions dans tout le pays. Qui, à Lyon comme ailleurs, peut prétendre « lutter contre le sans-abrisme »… tout en reculant devant la réquisition de ces logements ?
Après l’odieuse expulsion du 3 mai, le maire de Lyon Grégory Doucet doit donc renoncer à de telles mesures et décider d’urgence de réquisitionner les logements vacants, comme le souligne le Parti des travailleurs dans son communiqué du 4 mai.
Sur sa page Facebook, la cellule du PCF Lyon 3 et 6 estime au lendemain de l’expulsion : « Il est temps de réquisitionner les logements vides. » Quant à La France Insoumise du Rhône, son communiqué du 6 mai demande « la réquisition de logements vacants par la Préfecture et les collectivités territoriales, Métropole et villes. »
Alors il est temps d’aller porter à Grégory Doucet cette exigence dans l’unité : « Réquisitionnez, maintenant ! »
Quand la Mairie prétend défendre sa décision d’expulsion…
— Le 4 mai, alors que le rassemblement se tenait sous les fenêtres de l’Hôtel de Ville, la Mairie de Lyon a publié un communiqué de presse : « Hébergement d’urgence : l’Etat doit assumer ses obligations ».
Elle « demande à l’État d’assumer ses obligations en matière d’hébergement d’urgence et de mettre à l’abri les personnes à la rue dans des conditions dignes. »
Elle explique qu’elle « mobilise des moyens inédits pour aider les familles à la rue » et ne peut« pour autant pas accepter que des bâtiments publics soient utilisés sans autorisation au détriment des usagers. »
Ce qui justifie donc selon elle la décision du maire de renvoyer à la rue des dizaines d’enfants !
— Sandrine Runel, adjointe aux Solidarités à la mairie de Lyon, a également répondu à la presse ce 4 mai. Elle a notamment expliqué à l’Agence Radio France avoir « prévenu » ceux qui allaient être expulsés avant de faire appel à la police. Mme Runel aurait donc préféré qu’ils restent d’eux mêmes dans la rue, la nuit et sous la pluie ?
Mme Runel justifie l’évacuation rapide des lieux, dans la soirée, par le fait « que ce n’était pas une solution digne pour les personnes ». « On ne souhaite pas que les gymnases se transforment en structure d’hébergement (…) Il n’y a aucune intimité, les femmes dorment par terre, ou sur des matelas. » Mais avec le maire elle les rejette à la rue, où elles sont sûrement plus à l’aise !
Ces derniers mois, Mme Runel se targuait de laisser occuper les écoles au titre de l’hébergement d’urgence des familles… Elle ne semblait pas gêner alors par le fait qu’elles doivent y dormir sur des matelas, souvent aussi sans intimité, sans douche ni eau chaude…
Pour Mme Runel, « Que les personnes soient contraintes de quitter les lieux hier soir ou ce matin, le résultat est le même. C’est reculer pour mieux sauter, ça n’aurait absolument pas réglé la question. » Cela fait des semaines qu’elles dorment dehors, mais pour elle une nuit de plus ou de moins peu importe… car surtout la Mairie ne veut pas “régler la question » !
Mme Runel déplore les critiques à l’encontre de la Mairie : « Ne nous trompons pas de combat, nous ne sommes pas les ennemis, le coup de force doit se faire avec les services de l’État, et pas avec la Ville de Lyon. » Mais le seul “coup de force“ qui vient d’avoir lieu, c’est la décision – fort peu amicale – du maire de Lyon d’expulser 170 personnes à la rue.
Mme Runel déplore que « La préfète avait annoncé en début d’année la création de 300 places d’hébergement d’urgence, on n’en a pas vu la couleur. » L’État ne fait pas le nécessaire, c’est une évidence… et sûrement pas une surprise vu la politique réactionnaire du gouvernement Macron. Ce qui est plus surprenant, c’est qu’une Mairie se réclamant “de gauche“ ait fait expulser des enfants, qui plus est la nuit.
Alors si le maire de Lyon veut forcer l’État à assumer ses responsabilités, qu’il commence lui-même par prendre les siennes en réquisitionnant les logements vacants, comme la loi lui permet de le faire !
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