Contre la privatisation de l’entretien des lycées en Auvergne-Rhône-Alpes – « Il devrait y avoir tous les syndicats »

Jeudi 14 novembre, des dizaines d’agents venus de lycées de toute la Région Auvergne-Rhône-Alpes, de Brioude (43) à Montélimar (26), se sont rassemblés à Lyon devant l’Hôtel de Région dans le cadre d’un appel à la grève lancé par le syndicat FSU. Celui-ci dénonce le fait que « Laurent Wauquiez, président de Région (…), vient de décider, de façon unilatérale et sans aucune consultation, de livrer les services entretien de 8 lycées de la Région au secteur privé. 12 autres lycées devraient suivre en 2026. » Il « exige l’arrêt immédiat du projet de privatisation » examiné ce jour-là dans le cadre de la session du Conseil régional adoptant le budget 2024 (1).

La Région prétexte qu’elle ne parvient plus à recruter, qu’il faut bien trouver une solution. En fait elle liquide le service : Eric Faussemagne, co-secrétaire du Snuter-FSU Rhône-Alpes explique que « les remplacements sont faits par des contractuels en CDD, qui ne sont pas payés en juillet-août voire parfois pendant les « petites » vacances, et dont le nombre est passé de 1 100 à 600, et bientôt 200 ».

Quelles conséquences pour les dizaines d’agents touchés par la privatisation cette année et qui eux sont affectés dans leur établissement depuis parfois dix ou vingt ans ? La Région leur donne le « choix » suivant : être chassé de leur poste pour aller dans un autre lycée, être contraint d’accepter un détachement auprès de la société privée qui aura le marché ou partir en rupture conventionnelle !

Au lycée Lalande à Bourg-en-Bresse, les neuf agents ont le sentiment d’être « virés » : « On ne sait pas ce qu’on va devenir ». Réunis le 28 novembre avec des profs et leurs sections syndicales CFDT et FO, ils ont lancé une pétition pour dire « Non à la privatisation des services d’entretien du lycée Lalande et de tous les lycées de la Région AURA » et l’ont fait circuler dans les lycées voisins. Les agents de lycées de Lyon et Vienne s’en sont saisis par solidarité, et parce que « Si eux y passent, après ce sera nous ! »

Dans le rassemblement du 14 décembre, beaucoup d’agents sont venus avec leurs syndicats FSU : de la Région, de l’enseignement agricole… Certains appartiennent aussi à d’autres syndicats, comme Christine du lycée Jean Perrin à Lyon : « Moi je suis à Sud, je ne comprends pas qu’ils ne soient pas là. Bien sûr qu’il devrait y avoir tous les syndicats. Et aussi les profs, parce que dans les lycées sans nous ils ne peuvent rien faire. Et puis la grève, ce n’est pas un jour qu’il faut la faire, c’est tous les jours jusqu’à ce que ce soit abandonné. » D’autres autour d’elles partagent leur incompréhension face à l’absence des autres syndicats.

La FSU n’est pourtant pas la seule organisation syndicale à s’opposer à cette privatisation. Lorsque elle a été annoncée en avril dernier dans le cadre du plan « Vision 2030 » pour les quelques 7 000 agents des lycées de la Région, cinq d’entre elles (Unsa, CGT, CFDT, FSU et FO) ont écrit une « lettre ouverte aux parents d’élèves, élèves et professeurs » où elles indiquent qu’elles « n’accepteront jamais ce projet » et « alertent sur les risques liés à son adoption ».  Ont suivi deux appels unitaires à une journée de grève, avant l’été puis le 4 septembre.

Puis mi-novembre, « Deux à trois personnes de la Région sont venues dans notre établissement. Ils ont annoncé l’externalisation à l’équipe de direction, qui n’était pas au courant, et puis trente minutes après ils ont réuni les agents présents pour leur annoncer qu’au 1er septembre c’était fini, ce sera une boite privée. Ça fait un choc ! Imaginez pour la collègue qui bosse là depuis trente ans et qui est à deux ans de la retraite… » Même scénario dans les 8 premiers lycées touchés (2).

Une pétition intersyndicale est alors rapidement lancée par toutes les organisations représentatives, les cinq citées ainsi que Sud. Cette pétition en ligne disant « Confier les lycées publics au privé, c’est non ! Non à l’externalisation ! » a déjà recueilli quelques 2 800 signatures.

L’unité pour faire reculer Wauquiez est-elle réalisée ? Pas si simple. Alors qu’un responsable FSU indique « En juin, nous avons tous unanimement voté contre », un autre regrette que « Lors du récent comité social territorial, Sud s’est abstenu. » Le co-secrétaire de l’UNSA explique lui à La Gazette des communes avoir rencontré le 8 décembre « la direction des lycées » et avoir « demandé la rédaction d’une charte qui précise tout ceci, de manière à garantir les droits de nos collègues, ainsi que l’équité entre les territoires ». Donc le vote contre n’empêche pas d’accompagner le projet… Et pour ce qui est de la mobilisation, un responsable du Snuter-FSU regrette que « Avec les autres syndicats on a fait la pétition, mais eux pensaient qu’il ne fallait pas en faire plus pour l’instant, parce que seul l’entretien est privatisé et pas l’accueil ni la restauration. Et donc ils n’ont pas souhaité appeler avec nous à la grève et au rassemblement aujourd’hui ».

Dans ce rassemblement comme dans les discussions dans les lycées, la volonté d’unité pour combattre est largement exprimée. On entend : « Il faut être tous ensemble et bloquer le pays ! » Une chose est sûre, pour imposer à Wauquiez l’abandon de son processus de privatisation, il faudra bien que l’unité se réalise.

Correspondant

(1) L’amendement « contre l’externalisation » soumis par le groupe PS a été repoussé en plénière, Wauquiez ironisant sur « les donneurs de leçons qui ne se les appliquent pas eux-mêmes » après qu’il avait été rappelé que l’ancien président PS de la région Auvergne était celui qui avait engagé la privatisation de la restauration scolaire des lycées…

(2) Sont concernés à la rentrée 2024 : le lycée Germaine Tillion à Thiers, l’EREA Alexandre Vialatte à Brioude, les lycées Rosa Parks à Neuville-sur-Saône, Lalande à Bourg en Bresse, Jean Puy à Roanne, Pablo Neruda à St-Martin d’Hères, Montesquieu à Valence et Amédée Gordini à Annecy.